Eau – Bélon – Pollution – Bilan 2025
L’origine et la raison d’être de Rivières et bocage sont la défense de la qualité de l’eau sur notre territoire, principalement le bassin-versant du Bélon. Une grande partie de notre activité est donc liée à l’eau.
Nous alertons, nous sensibilisons, expliquons que c’est la terre qui nourrit la mer et notre estuaire. C’est la terre qui détermine leur santé écologique, basée sur des critères physico chimiques et biologiques. Cette santé, nous la suivons tous les 15 jours grâce à un précieux indicateur, le plancton, végétal ou animal, témoin indirect de la qualité de l’eau. Nous étudions son évolution, ses changements, ses déséquilibres.
Le plancton est le premier maillon de toutes les chaînes alimentaires aquatiques. Je vous renvoie à notre site, nos photos, notre dernière conférence du 25 janvier 2025. Nos ateliers sont occasionnellement ouverts au public, notre stand à la fête de Brigneau l’été, rencontre toujours un grand succès, notamment auprès des plus jeunes.
Or le Bélon ne va pas bien. Sa faune, sa flore sont en danger pour des raisons chimiques et virologiques et la contamination bactériologique s’aggrave chaque année, surtout les années pluvieuses.
Cette année, nous avons ajouté à notre suivi du plancton, un suivi bactériologique hivernal partiel dans le cadre de l’opération Qualiplage (initié par Eau et Rivières de Bretagne). Il s’agissait de connaître l’état bactériologique des eaux de baignade en dehors de la période estivale contrôlée par l’ARS. Nous avons deux plages sur le Bélon, très fréquentées l’été. Les activités nautiques ne s’arrêtent pas toutes l’hiver (longe côte, baignades …) Et nous constatons toujours un blocage, malgré nos demandes à notre maire, pour l’établissement d’un profil de vulnérabilité des eaux de baignade.
Antoine a rendu hommage à Sylvie Charlot qui a débuté les prélèvements.
Merci à Cécile Sacher, sa coéquipière, seule à continuer avec Annie, notre coprésidente, à faire les prélèvements dans l’eau jusqu’à la taille. Merci à Joël Richard qui, tous les 15 jours a assuré les transports jusqu’à Quimper au laboratoire Labocéa pour l’analyse de l’eau de mer.
L’an dernier nous vous faisions part de nos inquiétudes, après des mois de mauvais résultats des prélèvements bactériologiques ayant conduit à des interdictions de pêche à pied répétées. C’est désormais acté par l’arrêté préfectoral du 26 juin 2025 « portant classement de salubrité et surveillance des zones de production de coquillages vivants dans le département du Finistère ».
Le déclassement sanitaire des zones conchylicoles du Bélon (zones d’élevages des coquillages dont huîtres, moules..) était prévisible et inéluctable.
Les contraintes supplémentaires de purification des coquillages et le renforcement des contrôles avant commercialisation qui s’imposent désormais, compliquent et alourdissent le travail des ostréiculteurs. La commercialisation des coques n’est plus autorisée.
De surcroît l’arrêté interdit, pour au moins un an, la pêche à pied pour tous coquillages dans tout le Bélon, en attente d’une amélioration incertaine de la qualité de l’eau. Il est à souligner que les maires ont la charge de faire appliquer cet arrêté, comme le stipule son article 8 et d’informer clairement la population. Mais l’économie, la peur de renvoyer une image de l’ostréiculture, négative pour le tourisme, passent manifestement avant la santé publique
Devant la gravité de la situation, un plan de lutte contre les sources de pollution des eaux a été officiellement lancé par le Préfet Louis Le Franc et les élus de Quimperlé communauté et annoncé par communiqué de presse du 24 juillet 2025. Il sera mis en œuvre dans le cadre d’une zone à enjeux sanitaires (ZAES). C’est un dispositif qui permet de durcir les règlements en vigueur pour imposer, par exemple, des délais plus courts pour les mises aux normes des assainissements individuels ou des aménagements sur les parcelles agricoles.
Quimperlé communauté a refusé notre demande de participation aux comités de pilotage de cette instance, mais nous savons déjà que le volet agricole sera très réduit et qu’il ne concernera même pas la moitié du bassin-versant du Bélon, quand c’est tout ce bassin qui concourt à la pollution du Bélon.
Il faut craindre également que les dérogations d’épandage dans la bande des 500 mètres de protection des établissements ostréicoles soient reconduites. Nous demandons au contraire la suppression de ces dérogations ainsi que le respect de la loi de 1935 et de son décret d’application de 1945 signé par Charles de Gaulle. Nous avons consacré plusieurs articles à ces sujets sur notre site internet, nous vous invitons à le consulter.
Alors que le projet de ZAES était déjà envisagé, deux porcheries ont vu leurs demandes d’extension autorisées, c’est incohérent. Il y a à peu près 14 000 porcs à Riec, ce qui équivaut à 420 000 habitants. En effet l’Ifremer estime qu’un cochon excrète 30 fois plus de bactéries qu’un humain et ces effluents sont épandus sans traitement sur les terres.
Rivières et Bocage n’a pas ménagé ses efforts pour tenter d’infléchir cette politique et défendre nos fragiles rias soumises à de si fortes pressions. Nous avons cherché à approfondir et à partager nos réflexions par une série d’échanges avec scientifiques et administratifs. Nous avons essayé de trouver des fonds pour financer un partenariat scientifique. Ainsi nous avons successivement rencontré :
- à Brest, la directrice environnement de Labocéa, accompagnée de 2 chercheuses de l’Ifremer qui travaillaient déjà sur des projets de remédiation. De tels projets, et d’autres auraient pu être appliqués au Bélon, nous aurions pu être partenaires. Mais Quimperlé Communauté a refusé de monter le dossier de demande de fonds européen, pour lequel nous l’avions sollicité. C’est une occasion manquée.
- à Concarneau : le directeur de la Station Marine et le Directeur Ifremer environnement
- à Quimper : le directeur de la Direction départementale des Territoires et de la Mer DDTM, bras droit du préfet, le directeur de la Direction départementale de la Protection de la des Populations et le responsable des cultures marines nous ont reçus, plus de 2h le 29 octobre dernier.
En conclusion, il ressort de ces échanges qu’élus et administrations continuent de minimiser la responsabilité agricole dans la pollution du Bélon pour la reporter uniquement sur les assainissements. Nous pensons au contraire, à l’instar des scientifiques, que la responsabilité est largement partagée et qu’il convient d’agir sur tous les leviers pour espérer reconquérir durablement une bonne qualité des eaux de nos rias.
Nous allons donc continuer à agir pour que notre expertise de plus de vingt ans soit entendue et respectée. Un de nos prochains projets est de valoriser nos données des dix dernières années d’observation du plancton et de suivre son évolution pendant la durée du plan d’action de la ZAES. Nous sommes en contact avec l’Observatoire du Plancton de Port Louis pour ce projet. La complexité des problèmes requiert toutes les compétences. Nous estimons avoir des éléments à apporter.
La ZAES sera-t-elle suffisante pour améliorer la situation ?
Malheureusement, sur la quinzaine de ZAES initiée en Finistère, 1 seule aurait permis de repasser de C à B. Le recul n’est très conséquent, mais la faiblesse du volet agricole n’incite pas à l’optimisme. Déjà, nous apprenons que le calendrier affiché serait repoussé aux mois de juin, après les élections, alors que Mr Guillet (DDTM) lui-même nous affirmait que tout serait mis en place avant. QC nous informe cependant que des actions seront engagées sans attendre. A voir ?
Toute cette inertie pose question et pendant ce temps que deviennent l’état du Bélon et les risques sanitaires ?