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Quelques nouvelles du plancton du Bélon

L’année 2025 a été marquée par le déclassement sanitaire de notre estuaire en raison des quantités anormales de bactéries Escherichia coli retrouvées dans les eaux. Celles-ci, issues des intestins des mammifères, (humains et autres) se déversent depuis des années en grande quantité dans notre estuaire par débordement des assainissements, individuels et collectifs, et épandages porcins sans cesse en augmentation (voir notre lutte contre ces extensions).
Mais cette année, la pluviométrie a aggravé le phénomène, le ruissellement n’étant plus arrêté par les talus et haies du bocage dont la destruction se poursuit année après année.
Nous pouvions craindre des conséquences sur nos espèces planctoniques dont certaines prolifèrent du fait de l’eutrophisation – ou enrichissement en matières organiques – au détriment d’autres, plus fragiles.
Aussi nos observations bimensuelles sont mitigées.

En effet, 2025 et le début 2026 nous ont apporté quelques surprises, avec de belles observations et des nouveaux venus.
Retenons, parmi le phyto plancton :
Les Dinoflagellés dont les fameux Dinophysis,  potentiellement toxiques, concentrés dans les mollusques filtreurs (huitres, moules) à l’origine de gastro entérites parfois sévères.

Différents Dinoflagellés au moyen grossissement
Dinophysis acuta x 600
Dinophysis caudata X 600

Trois espèces nous ont accompagnées tout au long de l’année. Cela est nouveau dans le Bélon où leur apparition était occasionnelle. Redoutés, car faisant l’objet d’interdiction de pêche et commercialisation des coquillages filtreurs, lorsque l’Ifremer les retrouve dans la chair des mollusques.
Peu d’autres espèces de Dinoflagellés cette année, à la différence de 2024, par contre les nombreux kystes nous font supposer qu’ils attendent leur heure, de meilleures conditions pour donner leur forme végétative, active. 
Parmi ceux-ci :
°Des kystes non repérés jusqu’alors comme ce joli Xandarodinium xanthum  identifié par notre référent international Ifremer Concarneau.

Kyste, forme de dormance, observé au fort grossissement x 600

°Au sein des Diatomées, nos meilleures alliées pour la production de notre oxygène vital, se sont souvent invités de beaux spécimens comme  :
– la délicate Hélicotheca, qui nous offre ses ondulations et torsions caractéristiques ;
– de grosses cellules presque sphériques reliées finement entre elles pour former des chaînes : Stephanopyxis ;
Triceratium, qui apparait surtout suite à des coups de vent comme les tempêtes que nous avons subi cet hiver.

Helicotheca x 600
Stephanopyxis x 600
Triceratium x 600

Le réchauffement des eaux et le ruissellement d’eau douce suite à l’importante pluviométrie ont accentué la qualité saumâtre des eaux du Bélon : la salinité a encore diminué, surtout dans l’amont.
De ce fait une famille de Diatomées apparaît beaucoup plus fréquemment avec des espèces spécifiques des eaux saumâtres (Coconeis , Diploneis, Campyloneis) présentant de jolies et fines ponctuations internes.

                                                                                                           Coconeis x 600 

 

Un spécimen de plancton d’eau douce est même arrivé un matin au point de prélèvement de la cale de Kersaux : belles couleurs géométriques pour cette algue nommée  Pediastrum

 Mais les plus fréquentes ces derniers mois, sont des diatomées très nutritives qu’apprécient beaucoup les huitres
Il s’agit de Odontella, dont nous avons observé quasiment des blooms (efflorescences) en fin d’année. Elles recouvraient nos lames au détriment d’autres espèces de diatomées.
Nous en voyons régulièrement et principalement 2 espèces :
Odontella sinensis arrivée d’Asie, introduite depuis l’Indo Pacifique, en 1903 au Danemark par bateau, puis importée avec l’huitre japonaise à la suite des 2 épizooties de 1920 et de 1970, pour ceux que l’historique intéresse ;
– Odontella regia, plus courte et ornementée, elle vit en solitaire ou en courte chaîne, comme la précédente.

LE  ZOOPLANCTON :
Les animaux, plus mobiles sont toujours très attirants pour l’œil.
Parmi les observations assez rares pour nous, voici cette fois celles de 2 groupes d’animaux pas toujours faciles à trouver.

Les Chaetognathes, petit embranchement à part, assimilés à des vers dont ils sont en fait des cousins, font partie du plancton permanent, surtout en haute mer, pélagiques, mais certaines espèces sont également benthiques, proche de notre littoral surtout l’été. Il s’agit d’un plancton d’assez grande taille, 1cm ou plus. Les individus, très mobiles effectuent des flexions transversales saccadées, des bonds rapides et sortent assez facilement d’un filet à plancton. Cela peut expliquer notre difficulté à les voir. Très voraces en plancton de plus petite taille qu’eux (copépodes, larves de poisson…), ils peuvent avaler chaque jour 64 % de leur poids. Avec leurs crochets et des “dents”, ils attaquent leurs proies vivantes et les digèrent très vite. Ils sont à leur tour la nourriture de poissons voire d’autres Chaetognathes que l’on peut accuser de cannibalisme !

Ces hermaphrodites, d’abord mâles, puis femelles produisent des œufs qui se développent directement sans stades larvaires.

Partie antérieure d'un juvénile de Chaetognathe, crochets visibles à droite
Larve d'Ascidie, papilles de fixation portées par la tête

Les Ascidies : 
Habituées à observer les « Tuniciers » sur l’estran, voici enfin une larve d’Ascidie qui appartient à ce groupe, proche de celui des Vertébrés, ce sont donc des “cousins”. En effet, les Tuniciers et les Vertébrés sont tous des Chordés. Surprenant ! 
Après une très courte vie larvaire, l’adulte vit fixé à un support après s’être métamorphosé par la perte de son ébauche de colonne vertébrale. Il prend une forme caractéristique de son espèce, et vit soit en solitaire, soit en colonies.                         

Les adeptes de nos sorties sur l’estran de Trenez se souviennent de ces « fleurs en pétales de marguerite ». 
Les voir à l’état planctonique, qui est très bref – de quelques heures à quelques jours – selon les espèces, est évidemment une grande chance !

"Botrylle étoilé" espèce d'Ascidie en colonie, fréquente à Trenez, chaque "pétale" blanc étant un individu
Grande claveline, autre espèce d'Ascidie aux individus "en bouquet", commune au Gorgen dans le Bélon

Parmi les hypothèses du changement que nous observons :
Réchauffement climatique, météo pluvieuse, eutrophisation favorisant certaines espèces, ce sont-là les explications habituelles.
Le programme scientifique de suivi « Continuous plankton recorder » concernant l’Atlantique Nord, fait aussi le constat suivant :
“Remontées des espèces caractéristiques des eaux chaudes vers le golfe de Gascogne puis la Mer du Nord (1000 km depuis 1980) associées à une diminution du nombre des espèces caractérisant les eaux froides, sans disparition de celles-ci”.
Il en résulte une augmentation globale de la biodiversité, largement documentée par les spécialistes, mais qui ne signifie pourtant pas une amélioration de l’écosystème planctonique.
Nous aurons l’occasion d’en reparler une autre fois, en évoquant diverses problématiques, les diminutions de taille des individus et donc de la diminution du captage du CO2 …

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2 réflexions sur “Quelques nouvelles du plancton du Bélon

  • Je vous remercie de ce magnifique commentaire .
    Le plancton est certainement sensible à la modification climatique.
    Une question:
    Le plancton est-il sensible aux bactéries ?

    Répondre
    • Réponse de l’autrice Monique Seifollahi : “Merci pour votre commentaire. Oui, le plancton est sensible aux bactéries, mais ce qu’on en sait concerne l’action des bactéries marines,(considérées elles-mêmes comme du plancton) et fait l’objet de travaux, car très complexe : interactions entre bactéries et microralgues.

      E.Coli n’est pas une bactérie marine mais vient de l’intestin des mammifères (voir article précédent publié en 2025) et elle ne survit que 2 à 3 jours en milieu marin ou saumâtre.

      Son action sur le plancton est donc, à notre connaissance, indirecte : °par hypoxie : une grande quantité d’02 est consommé par les bactéries aérobies comme E.Coli, pour leur métabolisme et multiplication. Cela affecte évidemment le zoo plancton en décomposant le surplus de matière organique venant de l’eutrophisation (enrichissement) en nutriments dont nous avons parlé, ces matières organiques sont mises à disposition du phytoplancton.(seules certaines espèces en profitent, d’où un déséquilibre de l’écosystème).

      Mais le plancton se défend : il peut bloquer la croissance et la multiplication de certaines bactéries.

      Ces relations passionnantes font l’objet de recherches et de thèses depuis quelques années, pour mieux connaître dans quelles proportions et conditions ces interactions peuvent être notables. À suivre…

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