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Charles de Gaulle, premier défenseur du Bélon

Que la photo du Général de Gaulle apparaisse en tête d’un article d’une association environnementale, présentée comme activiste*, en surprendra plus d’un. Il fut cependant un temps où les pouvoirs publics se souciaient de la salubrité de nos rivières et de nos sites ostréicoles, et c’est ainsi que le 23 janvier 1945, le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire, François Billoux, ministre de la Santé (PCF) et Alexandre Parodi, ministre des Transports (Divers gauches) signaient une série de décrets de protection des principaux sites ostréicoles français. Moins de six mois après la libération de Paris, l’ouvrage ne devait pourtant pas leur manquer, c’est dire l’importance que l’on accordait à ce sujet. Les décrets promulgués fixaient des périmètres de protection sanitaire autour de sites emblématiques de production conchylicole, Rivières et Bocage a retrouvé une copie d’époque de celui dédié à la rivière Bélon.

Une règlementation toujours en vigueur et d’actualité

Tout ceci peut sembler d’un autre âge, c’est pourtant plus que jamais d’actualité. Ce périmètre de protection était créé en application du décret-loi du 30 octobre 1935 sur la protection des eaux potables et des établissements ostréicoles. Ce décret stipule : « Sur toute l’étendue de ce périmètre, il sera interdit de faire tout dépôt et déversement solide ou liquide susceptible de nuire à la qualité hygiénique des produits ostréicoles. » Comme l’atteste le site Légifrance, ce texte est toujours en vigueur. Il en est de même de son décret d’application de 1945 qui a été repris depuis par tous les PLU puis par le PLUi de Quimperlé communauté, cela au titre des servitudes d’utilité publique.

Les diverses réglementations qui interdisent l’épandage à moins de 500 m des zones conchylicoles (règlements sanitaires départementaux, arrêté ministériel ICPE, etc.)  ne se substituent pas au décret de 1945, elles le complètent.

Le Comité Régional de la Conchyliculture demande toujours l’application du texte

Que les arrêtés préfectoraux d’autorisation n’appliquent pas ces textes et ne les examinent même pas est incompréhensible et absolument inacceptable. Le décret-loi ne prévoit aucune possibilité de dérogation, son application est donc impérative. L’injonction n’est par ailleurs pas exorbitante, le périmètre défini est très modeste, voire insuffisant, car il ne prend en compte qu’une petite partie du bassin-versant quand c’est tout l’ensemble qui conditionne la qualité de l’eau du Bélon. Notons enfin que le Comité Régional de la Conchyliculture demande toujours l’application de ce texte et une absence de rejets dans cette zone.

Périmètre de protection du décret de 1945 comparé au bassin-versant du Bélon

Si cette réglementation reste juridiquement pleinement d’actualité, elle l’est tout autant d’un point de vue technique, en effet les risques de contamination se sont considérablement accentués depuis 1945. Tout y concourt, le remembrement a entrainé l’arrachage de kilomètres de haies et la destruction se poursuit (photos ci-dessous), le changement climatique multiplie les épisodes de pluie torrentielle, la perte de matière organique des sols les rend très sensibles au ruissellement et à l’érosion, les effluents d’élevage actuels n’ont plus rien à voir avec les fumiers généralement compostés de 1945.

Goulet-Riec 1950-2024
Evolution de Goulet-Riec entre 1950 et 2024 (cliquez sur la photo pour ouvrir sur geobretagne.fr)

Rivières et Bocage demande la fin des rejets d'effluents d'élevage dans la zone de protection

Qui peut prétendre que les épandages agricoles ne sont pas « susceptible[s] de nuire à la qualité hygiénique des produits ostréicoles » ou n’ont pas d’influence néfaste sur le milieu. Algues vertes et déclassement du Bélon en sont les preuves irréfutables. Rivières et Bocage persiste donc, elle aussi, à exiger la stricte application du décret.

Le décret de 1945 était une reconnaissance du caractère exceptionnel de la ria du Bélon, qu’avons-nous fait de l’héritage, l’avons-nous entretenu et préservé ou nous sommes-nous contentés d’en tirer, à court terme, un profit commercial ou de communication, pire, ne l’avons-nous pas sacrifié à des intérêts particuliers ?

*Rapport au préfet du 04/07/2025 (communication de la mairie de Riec-sur-Bélon du 21/03/2025), nous reviendrons sans doute sur ce rapport instructif à plus d’un titre.

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2 réflexions sur “Charles de Gaulle, premier défenseur du Bélon

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