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L’extension de la porcherie de Goulet-Riec autorisée, contestations de Rivières et Bocage

Pendant que la population était en vacances ou avait l’esprit ailleurs, les mauvaises nouvelles se sont accumulées pour le Bélon. Ainsi, après le déclassement sanitaire de ce dernier et l’autorisation, sans étude environnementale, de l’agrandissement de la porcherie Miossec (3739 porcs, plus de deux fois la moyenne de Bretagne), c’est l’extension de la porcherie de Goulet-Riec qui vient d’être autorisée.

La mobilisation contre ce projet avait pourtant été massive et toutes les associations environnementales du secteur, y compris les plus reconnues, s’y étaient opposées. De même, sur les trois communes consultées, deux l’avaient rejeté, Névez et Pont-Aven, et à Riec-sur-Bélon l’accord avait été très discuté.

Des éléments importants ne figuraient pas au dossier de consultation

Les arguments contre cette extension étaient nombreux et étayés (lire notre déposition), tant sur le plan technique que juridique. Mais, en dépit de nos alertes, les mesures de correction demandées par le préfet sont inexistantes ou dérisoires. Des éléments ne figurant pas au dossier de consultation sont pourtant alarmants, ils sont révélés par un rapport adressé au préfet par l’inspecteur de l’environnement de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Ainsi l’analyse de l’eau du forage de l’exploitation révèle que la nappe phréatique a un taux de nitrate de 80 mg/l quand le taux devrait être inférieur à 10 mg/l. De même ce rapport précise pudiquement pour cette eau : « Qualité bactériologique non conforme ». En un mot cela signifie que l’exploitation pollue déjà considérablement la nappe phréatique. Nous avions déjà constaté cela pour la porcherie des Korrigans à Baye.

Il faut ajouter à ces révélations des éléments déjà connus, comme cette étude réalisée sur une période de 10 ans sur la contamination par la bactérie E. coli des coques de Coat-Melen, en aval de l’exploitation, et qui montrait clairement l’origine très majoritairement agricole de ces contaminations.

Répartition dans l’année des pics de contamination des coques par E. coli. Suivi réalisé dans le cadre du REMI sur la période 2009 – 2020. (Profil de vulnérabilité conchylicole de l’Aven, Quimperlé Communauté, juillet 2022)

On constate ainsi sur le graphique ci-dessus un fort pic de pollution au printemps qui ne peut être que d’origine agricole (épandage), suivi en période estivale d’un pic plus faible vraisemblablement d’origine humaine (surpopulation estivale, plaisance…).

La zone a enjeu sanitaire (ZAES) de l’Aven, instituée pour régler ces problèmes de pollution, consacre un long chapitre au traitement des causes humaines, mais ne propose que des mesures dérisoires face aux pollutions d’origine agricole et notamment celles liées aux épandages. Il faut pourtant rappeler qu’il y a, sur ce territoire, beaucoup plus de cochons que d’habitants et qu’en termes de contamination fécale l’IFREMER considère qu’un porc équivaut à 30 humains.

Equivalant-habitant de la contamination fécale (IFREMER Zones conchylicoles de l’Aven, du Bélon et du Merrien Bilan de 15 ans de surveillance, 2017)

Forte de ces constatations, Rivières et Bocage entend contester les points suivants :

Non-respect de la bande littorale de 500 m de protection des zones de production conchylicole

Les études et analyses citées plus haut montrent avec certitude que les activités agricoles, et notamment les épandages, ont un impact très délétère sur la qualité chimique et sanitaire des masses d’eau littorales.  Rien ne peut donc justifier le maintien des dérogations dans la bande d’interdiction de 500 m. Nous demandons donc le retrait du plan d’épandage des ilots 5 et 9 situés en zone d’interdiction.

Vue partielle du plan d'épandage et limite de la zone d'interdiction.

Non-respect du périmètre de protection autour des exploitations conchylicoles (servitude AS2)

Ce périmètre de protection a été créé en application du Décret-loi du 30 octobre 1935 sur la protection des eaux potables et les établissements ostréicoles. Ce décret stipule : « Sur toute l’étendue de ce périmètre, il sera interdit de faire tout dépôt et déversement solide ou liquide susceptible de nuire à la qualité hygiénique des produits ostréicoles. » Les lisiers et fumiers de porc sont bien, de façon incontestable, « susceptible[s] de nuire à la qualité hygiénique des produits ostréicoles ». Le décret ne prévoit aucune possibilité de dérogation. Rivières et Bocage demande donc le strict respect de la loi et le retrait du plan d’épandage des parcelles incluses dans ce périmètre de protection.

Que l’état respecte ses propres lois nous semble un minimum incontournable.

Notons que le Comité Régional de la Conchyliculture, dans un courrier adressé le 18/03/2023 au préfet du Finistère, demande lui aussi l’application de ce décret-loi et une absence de rejets dans cette zone.

Servitude AS2 et plan d'épandage
Plan d'épandage de l'exploitation et périmètre de protection autour des exploitations conchylicoles de la rivière Bélon (servitude AS2) Source : geobretagne.fr et PLUi 2023 de Quimperlé communauté

Nous revenons plus en détails sur ce périmètre de protection dans notre article Charles de Gaulle, premier défenseur du Bélon.

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6 réflexions sur “L’extension de la porcherie de Goulet-Riec autorisée, contestations de Rivières et Bocage

  • Arnaud de Louvencourt

    Il est fou d’envisager de telles extensions aux confluents de 2 rias de grande renommée et si près de zones aquatiques sensibles !

    A terme, le propriétaire de l’exploitation, et/ou l’État pourraient être poursuivis pour mise en danger d’autrui avec le risque d’une interdiction d’exploiter et, si la ria devenait une personne morale, avec des demandes de dommages et intérêts qui peuvent être importants…
    Je pense qu’il serait plus raisonnable pour l’exploitant, les riverains et éleveurs d’huitres, d’envisager l’arrêt de cette exploitation ou bien son déplacement plus loin dans les terres, loin des rivières et rias. L’exploitant devra faire un choix au risque de voir ses investissements à jamais perdus.

    J’ajouterai qu’il nous faut anticiper une population plus importante dans les années qui viennent sur ce périmètre et les périmètres avoisinants. Il y a donc lieu de prendre en compte le risque accru d’atteindre un effet de seuil catastrophique en termes d’hygiène. La préfecture ne devrait pas ignorer ces prévisions et ces risques…
    Suggestion : monter un dossier de financement européen, au titre de la protection de l’environnement, pour financer le déplacement de l’élevage plus loin dans les terres. [Ce sera toujours plus utile que de drainer l’embouchure du Belon…]

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    • Bonjour
      La plage de port-Manech se trouve pile où il ne faut pas…..Cela risque de rendre les baignades compliquées…..😓

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  • cutulic jacqueline

    Bonjour, n’avrant ,merci pour ces informations complètent.

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  • La nature est patrimoine commun.
    Nous devons la protéger.
    Les éleveurs et les agriculteurs,en 2025,sont
    conscients à la fois des nuisances environnementales liées à leurs pratiques, et des possibilités de différents optima dans leurs modes de gestion (économique, technique).
    Comment imaginer qu’un éleveur de porc de nos jours soit indifférent à la santé de leurs personnelles,de la population et de leur propre famille .
    La situation de la pollution de nos rivières doivent les alerter .
    Avant un recours en justice .
    La médiation semble la meilleure solution pour trouver une solution équitable pour l’éleveur et nos magnifiques rivières.

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  • Ping : Les actions militantes de Rivières et bocage en 2025 - Rivières et Bocage

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